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Conversations courageuses en direction d’école (3/3)

Après la rencontre : ce qui se passe quand la porte se referme


Dans les deux premiers articles, je te parlais de tout ce qui se joue avant et pendant une conversation courageuse. La préparation, la posture, les mots, les réactions, le cadre de la rencontre. Mais il y a une partie dont on parle beaucoup moins : le après.


Parce qu’on pense souvent qu’une conversation difficile se termine lorsque la personne quitte le bureau. Pourtant, dans plusieurs cas, c’est là qu’un autre travail commence. Celui du suivi, de la réflexion, de l’ajustement… et parfois même de notre propre régulation émotionnelle.


Avec le temps, j’ai appris qu’une conversation courageuse ne se termine pas seulement avec ce qui a été dit. Elle se poursuit dans ce que l’on choisit d’en faire ensuite.


Compléter ses notes pendant que la rencontre est encore fraîche

Après une rencontre importante, j’essaie de prendre quelques minutes rapidement pour compléter mes notes pendant que tout est encore clair dans ma tête. Les paroles exactes, les engagements pris, les réactions importantes, les éléments à suivre… tout cela peut s’estomper plus vite qu’on le pense lorsqu’on replonge dans le rythme d’une journée.


Je trouve aussi important de se demander ce qui demeure en suspens. Est-ce qu’il y a des éléments sur lesquels nous devrons revenir? Des engagements qui nécessiteront un suivi? Des clarifications à refaire? Une conversation courageuse ouvre souvent une suite; elle est rarement complètement isolée.


Et lorsque cette suite existe, j’ai appris qu’il vaut mieux la prévoir immédiatement plutôt que de se dire qu’on y reviendra plus tard. Planifier une rencontre de suivi, inscrire une date à l’agenda, prévoir un moment pour vérifier un engagement pris… cela évite que la discussion s’efface tranquillement dans le quotidien.


Revenir à ses intentions de départ

Après certaines rencontres, je prends aussi le temps de revenir à mon intention de départ. Est-ce que j’ai répondu à mes attentes? Est-ce que les objectifs que j’avais en entrant dans cette rencontre ont réellement été abordés? Je trouve cette réflexion importante, parce qu’une conversation difficile peut parfois nous déstabiliser au point de nous éloigner de ce que nous voulions réellement porter. Une réaction plus émotive, une tension inattendue ou une discussion qui bifurque peuvent nous faire perdre un peu le fil.


Revenir à nos intentions nous permet alors de mieux évaluer la rencontre, sans tomber uniquement dans l’émotion du moment.


Et parfois, cela nous aide aussi à voir qu’un soutien supplémentaire sera nécessaire. Certaines situations demandent un accompagnement plus soutenu, une collaboration avec d’autres intervenants ou même un suivi avec les ressources humaines. Là encore, je pense qu’il est important de ne pas porter certaines situations seules.


Prendre un temps pour soi après la rencontre

Je pense sincèrement que c’est la partie qu’on oublie le plus comme gestionnaire.


On sort d’une rencontre difficile… puis on retourne immédiatement dans le tourbillon. Un parent nous attend. Un élève a besoin de nous. Un courriel urgent entre. Et on passe à autre chose sans prendre le temps de déposer ce qu’on vient de vivre. Pourtant, ces conversations nous habitent souvent plus qu’on veut l’admettre.


Avec le temps, j’apprends donc à me poser quelques questions après certaines rencontres. Quel est mon niveau de satisfaction face à cette discussion? Qu’est-ce qui a bien été? Qu’est-ce qui a été plus difficile? Mais surtout : comment je me suis sentie pendant cette rencontre? Est-ce que j’étais calme? Déstabilisée? Est-ce qu’il y a un moment où j’ai senti que je perdais un peu le contrôle de ma posture? Est-ce qu’une réaction, une phrase ou une attitude est venue me chercher personnellement?


Je trouve cette réflexion précieuse, parce qu’elle nous permet de mieux nous connaître comme gestionnaire. Elle nous aide à identifier nos angles sensibles, nos réactions automatiques, nos zones d’inconfort.


Et plus on apprend à se connaître, plus on devient capable de mieux se préparer pour les prochaines fois.


Accepter que certaines rencontres nous brassent

Je pense aussi qu’il faut normaliser quelque chose : certaines conversations courageuses vont nous remuer. Même lorsqu’elles sont bien préparées. Même lorsqu’elles sont bien menées.


Il y a des rencontres qui nous restent en tête plus longtemps. Parce qu’elles touchent nos valeurs, parce qu’elles nous confrontent, parce qu’elles activent certaines insécurités ou simplement parce qu’elles sont humainement difficiles. Et cela ne veut pas automatiquement dire qu’on a mal fait les choses.


Je trouve important de se demander : si j’avais à refaire cette rencontre, qu’est-ce que je referais exactement de la même manière? Et qu’est-ce que j’ajusterais? Pas dans une logique de perfection. Dans une logique d’apprentissage. Parce qu’au fond, les conversations courageuses sont aussi une compétence qui se développe.


Reconnaître ce dont on aurait besoin pour la prochaine fois

Après certaines rencontres, il m’arrive aussi de me demander si j’étais réellement bien outillée pour porter cette discussion. Est-ce que ma préparation était adéquate? Est-ce qu’il me manquait certaines informations? Certains outils? Plus de soutien? Je pense qu’il y a beaucoup d’humilité dans cette réflexion.


Reconnaître qu’on aurait eu besoin d’aide, de validation ou d’accompagnement ne fait pas de nous une moins bonne gestionnaire. Au contraire. Cela nous permet de mieux nous équiper pour la suite.


Et honnêtement, je crois qu’il y a quelque chose de profondément rassurant à comprendre qu’on n’a pas à devenir parfaite dans ces conversations. On a simplement à continuer de grandir à travers elles.


Conclusion : ce que la rencontre laisse derrière elle


Je crois qu’une conversation courageuse laisse toujours quelque chose derrière elle.

Parfois un soulagement.

Parfois un inconfort.

Parfois une réflexion.

Mais presque toujours un apprentissage.


Et plus j’avance, plus je réalise que le vrai leadership ne se joue pas seulement dans notre capacité à avoir des conversations difficiles. Il se joue aussi dans notre capacité à réfléchir à ce qu’elles viennent réveiller en nous, à ce qu’elles nous apprennent et à la manière dont elles nous transforment comme gestionnaire.


Alors si une conversation courageuse vient de se terminer pour toi, j’espère simplement te laisser avec ceci : prends des notes. Prévois la suite. Reviens à tes intentions. Et prends aussi un moment pour prendre soin de toi dans tout ça.


Parce qu’on oublie souvent une chose : les gestionnaires aussi vivent les conversations courageuses.


Et puisque cette série arrive à sa fin, j’ai eu envie de te laisser un petit cadeau. J’ai regroupé les principaux éléments des trois articles dans un napperon pratique que tu pourras imprimer, garder dans ton agenda ou laisser sur ton bureau comme aide-mémoire.


Parce qu’au fond, une conversation courageuse ne se gagne pas. Elle se prépare, se porte… et se réfléchit.


Et surtout, rappelle-toi :

Y’a pas mort d’homme.

— Mme Éliane


Je tiens à remercier sincèrement Andrée pour sa précieuse collaboration dans la réflexion et la rédaction de cette série d’articles. Ses conseils, son regard et son expérience ont grandement aidé à rendre ces articles plus professionnels.

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