Une crise d’anxiété dans le bois m’a rappelé quelque chose sur mon rôle de direction
Aujourd’hui, j’avais le goût de partir d’une expérience que j’ai vécue lors de ma demi-traversée de Charlevoix pour t’amener vers un outil que j’ai expérimenté avec le temps pour travailler avec le personnel à défi… et surtout avec les parents pétillants. Parce que cette randonnée m’a rappelé une des plus grandes leçons que j’utilise aujourd’hui comme direction d’école… et je ne m’attendais vraiment pas à ça.
Je suis une fille d’action, une fille de défis. Lorsqu’on me propose quelque chose de nouveau qui va me sortir de ma zone de confort, j’arrive difficilement à refuser. Chu faite de même. Et comme je dis souvent… maudit que je m’énArve. Why que je me suis pitchée là-dedans sans réfléchir? J’appelle ça « faire un Éliane ». 😂 Et j’en ai fait des Éliane dans ma vie… je devrais commencer à écrire un livre.
Pourquoi tu me racontes tout ça, Mme Éliane? Parce qu’il y a un peu plus d’un an, j’ai décidé avec mon amie Karine que nous ferions la demi-traversée de Charlevoix. Ma sœur et son amie Caro se sont jointes à nous par la suite. L’idée était vraiment cool et, surtout, nous avions chacune notre rôle. Caro, c’est une habituée des longues randonnées. Elle en a fait plusieurs, elle a même été guide. J’étais donc en confiance. Ma petite sœur, ingénieure et gestionnaire, avait déjà quelques expériences de randonnée. J’étais encore en confiance. Karine, excellente nutritionniste, nous avait coachées pour toute l’alimentation. Comme j’avais subi une chirurgie bariatrique cinq mois auparavant, je savais qu’elle saurait me guider. J’étais donc… encore en confiance. ET IL Y AVAIT MOI. Clown de service, influenceuse et photographe. Tsé… LE GRAND RÔLE du quatuor! Le rôle de ma vie quoi! 😂
Des randonnées, j’en ai faites. Des 15, des 20 kilomètres, ça ne me fait pas peur. Mais là… quatre jours de suite avec un sac à dos, à dormir dans des refuges avec des inconnus… c’était une grande première. Une randonnée d’une journée, je me connais. Je connais mes limites. Je sais comment contrôler mon corps et ma tête. J’ai eu quelques mauvaises expériences qui m’ont permis d’apprendre. Bref, je suis en terrain connu. Pas d’inconnu, pas de nouveauté… Si tu connais Sonia Lupien, tu dois déjà avoir compris où je m’en vais avec mes grands chevaux. 😉 Sinon, continue à lire… tu vas bientôt comprendre.
Alors voilà. Première journée : quatre kilomètres sur le plat. Rien pour s’en faire. Première nuit en refuge… je l’ai dit souvent pendant la soirée : « Crime, tout est nouveau. Je n’ai aucun repère. » C’était une drôle de sensation. Tsé, en éducation, nous sommes reconnus comme des Germaines… je ne fais clairement pas exception à la règle! 😂
Le matin de la deuxième journée, je me sens fébrile… même un peu stressée. Au programme : 14,5 kilomètres avec environ 400 mètres de dénivelé. Une journée que je considère normalement comme très atteignable. Je sais que mon corps est capable de faire ça sans problème. La seule variable que je n’avais jamais testée, c’était avec un sac à dos aussi lourd. Je le dis aux filles : je suis stressée, mais rien d’envahissant. Un stress qui se gère.
On rit, on déjeune, on ramasse nos choses… et on part.
Et là… très rapidement, je comprends que quelque chose ne va pas.
La moindre petite montée m’essouffle. Je n’arrive plus à reprendre le contrôle de ma respiration. Plus j’essaie de respirer calmement… moins j’y arrive. J’hyperventile. Je vois les autres avancer facilement, mais pas moi. Je ne comprends pas. Je sais pourtant que je suis capable de faire cette distance. Plus j’avance, plus c’est difficile. Plus je prends de pauses dans les montées, plus je ralentis. J’ai soif, mais je n’ai pas planifié mon eau comme je le fais normalement. Comme nous étions dans un refuge, je n’ai pas pu charger ma montre. Elle meurt rapidement. Je n’ai donc plus mes repères habituels : mon rythme cardiaque, le dénivelé, la distance parcourue.
Bref… je dois gérer énormément de nouveautés en même temps… et je perds complètement le contrôle de ma respiration.
Et là, ça part en vrille dans ma tête.
« Qu’est-ce qui se passe? Tu es capable de faire cette distance normalement! »
Au départ, je mets toute la faute sur mon corps. C’est finalement Karine qui me dit : « Es-tu certaine que ce n’est pas plutôt ta tête? »
Je nie.
« Ben non, c’est mon corps! »
Mais elle insiste doucement.
« On dirait vraiment que c’est ta tête… »
Je finis par m’asseoir.
Et je lui dis : « Bon… on va comprendre ce qui se passe. »
À ce moment-là, j’avais deux choix : continuer à subir ce qui se passait… ou essayer de comprendre ce qui se passait dans ma tête.
Et là, je lui dis :
« On va passer le filtre du CINÉ de Sonia Lupien. »
Ce que j’aime du modèle de Sonia Lupien, c’est qu’il nous oblige à arrêter de dire : « Je suis anxieuse » pour commencer à se demander : « Pourquoi mon cerveau est-il en train de me mettre en état d’alerte? »
Je réalise rapidement que mon contrôle est complètement disparu. Ma montre ne fonctionne plus. Je ne connais plus le dénivelé. Je ne sais plus exactement où j’en suis sur le parcours. Et pour moi, ces informations-là sont essentielles. Je DOIS savoir où j’en suis. Nous sortons donc la carte papier et toutes les informations que nous avons. Instantanément, je retrouve une partie du contrôle. Normalement, je maîtrise toujours ma randonnée avant de partir. Cette fois, j’avais décidé de me laisser porter par les autres… grosse erreur. Je devais au moins garder ce contrôle-là.
Pour l’inconnu, j’en avais beaucoup. Comment mon corps allait-il réagir avec un sac aussi lourd? Était-il réellement capable de faire cette distance? Avec qui allions-nous dormir le soir venu? Toutes ces questions étaient encore sans réponse.
La nouveauté? À part mes amies, mes bottes et mes bâtons… tout était nouveau.
Quant à l’égo menacé, celui-là, étonnamment, ne me dérangeait pas. Je savais déjà que je n’aurais aucune honte à me faire évacuer du bois si nécessaire. J’avais même mis de côté mon fameux 300 $ pour l’évacuation! 😂 Je me disais qu’au moins, j’aurais essayé… c’est déjà plus que bien du monde.
Après avoir identifié ce qui se passait, Karine et moi avons élaboré un plan. Je devais absolument arrêter la spirale qui tournait dans ma tête. J’avais retrouvé le contrôle sur le sentier grâce à la carte. Je savais maintenant où je m’en allais. Nous avons donc décidé que j’allais parler de mon projet de podcast. Même si je me répétais quatre fois, ce n’était pas grave. Je devais simplement occuper mon cerveau avec autre chose.
J’ai commencé à parler.
Karine me posait des questions.
Et là… un petit miracle s’est produit.
Mon anxiété a tranquillement diminué. J’ai repris le contrôle de ma respiration. J’ai retrouvé mon rythme. Et j’ai terminé cette journée.
Je suis arrivée au refuge en sacrant comme une damnée… mais je l’avais fait! 😂
Le lendemain, c’était notre plus grosse journée. Dix-huit kilomètres. Heureusement, il existait un raccourci qui me permettait de réduire le trajet à une dizaine de kilomètres. Juste de savoir que cette option existait me rassurait énormément. J’ai ensuite regardé tout ce que je pouvais contrôler. J’ai laissé mon sleeping au refuge. J’ai retiré une bouteille d’eau qui était beaucoup trop lourde. J’ai allégé un peu ma nourriture. Bref, j’ai réduit le poids de mon sac. En me préparant mieux et en me donnant la permission de prendre le raccourci au besoin, je suis partie beaucoup plus sereine.
Et imagine-toi donc que j’ai finalement fait le 18 kilomètres.
J’ai eu, moi aussi, ma photo au sommet.

Et je l’ai fait dans le bonheur.
Je n’ai même pas sacré! 😂
Mon Dieu que j’étais fière.
Pourquoi je te raconte tout ça?
Parce que j’ai trouvé fascinant tout le processus mental que j’ai dû faire pour réussir cette demi-traversée. Et comme j’aime souvent le faire, je me suis élevée un peu « au-dessus » de moi-même pour m’observer, analyser la situation, mettre des mots sur ce que je vivais et en tirer des apprentissages.
Et c’est là que j’ai réalisé quelque chose.
Ce qui venait de fonctionner avec moi… je le fais déjà presque tous les jours dans mon bureau.
Avec le temps, le CINÉ est même devenu pour moi un outil de gestion du stress en direction d’école, autant pour comprendre mes propres réactions que celles des personnes qui entrent dans mon bureau.
Je me retrouve tellement souvent devant une personne en proie à l’anxiété que j’ai développé le réflexe de me demander : « Il est où, son CINÉ? » Il m’arrive même de le nommer et de le regarder avec elle.
Et, honnêtement, dans 99,9999 % des cas, la personne ressort soulagée.
Pas parce que j’ai réglé son problème.
Mais parce qu’elle comprend enfin pourquoi elle se sent comme ça.
Avec les parents, vous aurez compris que je ne sors pas mon petit papier du CINÉ devant eux! 😂 Par contre, je passe vraiment ce filtre dans ma tête. Ça me permet rapidement d’orienter la conversation et de les aider à mettre des mots sur ce qui les inquiète réellement.
Très souvent, la colère n’est que la partie visible de l’iceberg. En dessous, il y a un parent qui a peur pour son enfant, qui manque d’information ou qui a simplement l’impression de perdre le contrôle.
Et lorsque je finis par dire : « Ah… je comprends mieux. Vous avez peur que… », c’est presque instantané. Le ton de voix change. Les épaules s’abaissent. L’agressivité diminue. Et nous pouvons enfin avoir une vraie conversation et trouver ensemble des solutions.
Quand on commence comme direction, ce sont souvent les parents qui nous font le plus peur. C’est probablement le commentaire que j’entends le plus souvent de la part d’enseignants qui hésitent à faire le saut : « Moi, gérer les parents frustrés ou les parents-rois… ça ne me tente pas. »
Je leur réponds presque toujours la même chose.
Derrière la colère se cache très souvent de l’anxiété… ou une grande incompréhension.
Et lorsqu’on réussit à mettre le doigt dessus, on fait parfois de véritables miracles.
Des fois, c’est plus long.
Mais j’ai envie de te dire que nous y arrivons presque toujours.
Alors, si tu commences en direction, je t’invite vraiment à te familiariser avec le concept du CINÉ. Commence par l’utiliser avec ta propre anxiété. Observe-toi. Amuse-toi à passer le filtre lorsque tu vis une situation plus stressante.
Et ensuite, n’hésite pas à le ressortir rapidement lorsque tu as devant toi une personne en larmes, en colère ou complètement dépassée.
Tu risques d’être surpris.
Et tu sais quoi?
Finalement, ce n’était pas la montagne qui représentait mon plus grand défi.
C’était ce qui se passait entre mes deux oreilles.
Une fois que je l’ai compris…
Le reste du sentier est devenu beaucoup plus beau.
Préparer ton popcorn et sort ton CINÉ
-Mme Éliane





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