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T’es remplaçable.

il y a 3 jours
4 min de lecture

La leçon que le cancer m’a apprise sur le travail, la santé… et mon rôle de direction.


Aujourd’hui, j’avais le goût de te parler d’un événement que j’ai vécu lorsque j’ai eu le cancer. Un événement qui m’a permis de faire un apprentissage qui m’aide encore énormément aujourd’hui dans mon travail et dans ma façon de prendre soin de moi comme direction d’école.


En janvier 2017, j’ai commencé mon premier mandat comme directrice adjointe dans mon école, ma poly, l’école où j’enseignais depuis 12 ans. Je remplaçais la directrice adjointe, alors ce n’était pas officiellement mon poste puisque je devais encore passer à travers le processus de sélection. Mais vous dire à quel point je le voulais, ce poste… Je le voulais de tout mon être, de toute mon âme. Je le voulais tellement. Je donnais tout. Dans ma tête, c’était MON poste!


Le 12 mai suivant, je suis hospitalisée et on me diagnostique un lymphome, un cancer agressif de stade 4. Après le choc de la nouvelle, je ne réalise pas encore tout ce qui est en train de m’arriver. Je demande donc à la médecin : « Mais je vais pouvoir recommencer à travailler quand? » Elle me répond : « Pas avant un an, assurément. » Et moi de répondre : « Ouin… mais là, je veux revenir rapidement. » J’étais branchée à mon poteau de chimio et je rêvais déjà à mon retour au travail. Bon… disons que j’avais encore un petit processus d’acceptation à faire. Hihihi.


Je suis restée hospitalisée environ deux semaines. Ensuite, je suis ressortie et j’ai commencé mon premier cycle de chimio : une semaine à l’hôpital, suivie de deux semaines à la maison.


Vous aurez compris que, pendant ce temps, l’école avait dû poursuivre le processus pour pourvoir MON poste. C’était tout à fait normal. Une autre directrice a donc été nommée.


À la fin juin, alors que je me remettais de mon premier traitement, je devais retourner à l’école pour vider mon bureau. Tsé… ce n’était plus mon poste. Ce n’était plus mon bureau. J’étais prête. Je comprenais. J’étais résiliante. Et moi, pour passer au travers de cette épreuve, j’avais développé une façon de faire : je posais toutes mes questions et, ensuite, je visualisais. J’essayais de garder le contrôle sur tout ce sur quoi je pouvais encore en avoir. J’avais donc visualisé ma visite à l’école. Je savais que j’allais vider mon bureau. Je savais que quelqu’un d’autre avait obtenu le poste. Je ne voulais pas pleurer. J’avais accepté.


Mais il y avait une chose que je n’avais pas visualisée.


Je n’avais pas prévu que mon nom aurait déjà été remplacé sur la porte de mon bureau.


Poufff.


Cinq semaines d’absence… et mon nom n’était déjà plus là.


Ouch. Ça fait mal.


Je suis restée forte et résiliante. C’était la vie. C’était ma vie. C’était mon parcours. Je n’ai même pas pleuré. Mais ayoye… parfois, la vie te frappe en pleine face avec une leçon que tu n’avais vraiment pas demandé à recevoir.


Et ce jour-là, j’ai compris quelque chose que je n’ai jamais oublié depuis :

Nous sommes remplaçables partout… sauf auprès des gens qu’on aime.


Depuis ce jour, il y a une chose que je refuse de faire : tolérer une situation qui gruge ma santé en me racontant que je dois absolument rester parce que personne d’autre ne peut faire ce que je fais.


Et je ne sais pas si tu me vois venir, mais comme direction d’école, on est particulièrement bonnes là-dedans. 😅 Prendre soin de soi comme direction d’école, c’est facile à dire… mais beaucoup moins facile à faire quand on a l’impression que tout repose sur nous. 


On ne prend pas nos vacances parce qu’on « pense » qu’ils ne peuvent pas survivre sans nous. On étire l’élastique de notre santé physique ou mentale parce qu’on doit absolument rentrer. Ils vont faire quoi si je ne suis pas là? Qui va régler ça? Qui va prendre la décision?

Ben, je vais te le dire, moi, ce qu’ils vont faire si tu n’es pas là.


Ils vont s’arranger. 😉

That’s it.

Pas plus compliqué que ça.


Peut-être que ça ne sera pas fait exactement comme toi tu l’aurais fait. Peut-être que quelqu’un va prendre une décision différente de la tienne. Peut-être que ça va être un peu moins efficace, un peu plus croche ou simplement… différent.


Mais tsé… on s’en fout un peu.


Ils vont l’avoir fait.


Et peut-être que c’est ça, la partie la plus difficile à accepter : notre travail peut continuer sans nous.


Notre école peut continuer sans nous.

Notre équipe peut continuer sans nous.


Et contrairement à ce que j’ai ressenti devant cette porte en juin 2017, aujourd’hui, je trouve que c’est plutôt rassurant.


Parce que si mon école est capable de fonctionner lorsque je ne suis pas là, ça veut dire que je peux prendre mes vacances. Je peux être malade. Je peux fermer mon ordinateur. Je peux prendre soin de moi. Et peut-être que l’équilibre travail-vie personnelle en direction d’école commence aussi par accepter qu’on n’a pas besoin d’être indispensable.


Je peux être présente ailleurs dans ma vie sans avoir constamment l’impression que tout va s’écrouler derrière moi. Et surtout, je peux garder mon énergie pour les personnes auprès desquelles ma présence, elle, ne pourra jamais être remplacée.


Alors aujourd’hui, mon message sera court.

Tu es remplaçable au travail.


Ton nom peut être remplacé sur une porte. Quelqu’un d’autre peut s’asseoir dans ta chaise. Quelqu’un d’autre peut répondre aux courriels, prendre les décisions et faire avancer les dossiers.


Et ce n’est pas triste.

C’est une permission.


La permission de prendre tes vacances. De rentrer chez toi. De protéger ta santé. De ne pas toujours être celle qui sauve la situation.


Parce qu’il y a une vie qui t’attend de l’autre côté de cette porte.


Et celle-là, elle mérite que tu sois là. 💚


-Mme Éliane

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"La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent."
- Einstein

 

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